Cinquième exportateur mondial d'agrumes, le Maroc consolide sa position sur les marchés européens tout en ouvrant de nouveaux débouchés en Afrique de l'Ouest. Panorama d'une filière stratégique.
Les agrumes occupent une place particulière dans l'agriculture marocaine. Cinquième exportateur mondial et troisième acteur africain derrière l'Afrique du Sud et l'Égypte, le Royaume s'appuie sur une filière structurée autour de trois grands bassins de production — le Souss-Massa, le Gharb-Loukkos et l'Oriental — et sur un tissu d'entreprises historiquement tourné vers l'export.
Après plusieurs campagnes marquées par la sécheresse, la filière a connu un net rebond en 2024-2025. Les indicateurs disponibles pour 2025-2026 confirment cette dynamique, avec une trajectoire à la hausse pour l'ensemble des variétés.
Une production nationale en rebond
La production marocaine d'agrumes a été estimée à environ 2,1 millions de tonnes pour la campagne 2024-2025, soit une progression de 16 % par rapport à la campagne précédente, selon les données du Département américain de l'agriculture (USDA) reprises par les acteurs sectoriels marocains.
Cette progression s'explique par trois facteurs : une pluviométrie plus favorable sur les principaux bassins, l'entrée en pleine production de plantations récentes des variétés Nadorcott et Afourer, et l'effet cumulatif de l'équipement en irrigation localisée sur les vergers.
Le Souss-Massa concentre à lui seul plus de la moitié des volumes exportés — plus de 300 000 tonnes lors de la campagne 2023-2024 — grâce à une combinaison rare de climat, d'infrastructure logistique portuaire (Agadir) et de savoir-faire accumulé depuis plusieurs décennies.
Les volumes à l'export : structure et trajectoire
Pour la campagne 2024-2025, les exportations marocaines d'agrumes ont été estimées autour de 597 000 tonnes, en hausse d'environ 31 % par rapport à la campagne précédente. Morocco Foodex projette pour 2025-2026 un total autour de 669 000 tonnes, soit une progression supplémentaire d'environ 10 %.
La répartition par variété reste dominée par les mandarines et clémentines :
- Nadorcott : environ 300 000 tonnes projetées pour 2025-2026 ;
- Clémentines classiques : environ 199 000 tonnes (+16 %) ;
- Oranges : environ 132 000 tonnes (+51 %) ;
- Clémentine Nour : environ 37 000 tonnes (+35 %).
Les mandarines et clémentines représentent ainsi à elles seules plus de 80 % des volumes exportés, un positionnement de spécialiste qui distingue clairement le Maroc de l'Égypte, davantage orientée orange.
Les marchés cibles : Europe en tête, Afrique en montée
L'Union européenne, marché de référence
L'Union européenne reste, de loin, le premier débouché pour les agrumes marocains. Sur les sept premiers mois de la campagne 2024-2025 (octobre à avril), le Maroc a exporté plus de 134 000 tonnes de petits agrumes vers l'UE — un volume supérieur à celui de l'ensemble de la campagne précédente. Le mois d'avril 2025 a particulièrement marqué les esprits avec une hausse de près de 474 % en glissement annuel sur ce même segment.
Les principaux clients européens sont la France, l'Espagne, le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l'Allemagne. La France se place systématiquement en tête, portée par sa proximité géographique, ses habitudes de consommation et le poids de la grande distribution française sur les mandarines marocaines.
Côté prix, la campagne 2024-2025 a bénéficié d'un contexte porteur en Europe : le prix moyen des mandarines a atteint 141 euros pour 100 kilogrammes en avril 2025, en progression de 32 % sur un an, tandis que les oranges se situaient à 99 euros pour 100 kilogrammes (+17 %) et les citrons à 129 euros (+43 %).
L'Afrique de l'Ouest, marché émergent
L'Afrique subsaharienne représente désormais la deuxième destination pour les exportations agricoles marocaines, avec environ 11 % des volumes toutes filières confondues. Sur les agrumes spécifiquement, le développement est plus récent mais rapide.
La signature en décembre 2024 d'un protocole d'accord pour l'ouverture d'une ligne maritime directe entre Agadir et Dakar, portée par Atlas Marine, illustre cette montée en puissance. Cette nouvelle connexion vise à réduire les coûts logistiques et à faciliter l'approvisionnement en agrumes marocains des marchés sénégalais, ivoiriens, guinéens et maliens.
L'attractivité du marché ouest-africain s'appuie sur trois facteurs : une classe moyenne urbaine en expansion, une préférence culturelle pour les agrumes de bouche, et l'intégration progressive dans le cadre de la Zone de Libre-Échange Continentale Africaine (ZLECAf).
Le recul du marché russe
Historiquement, la Russie constituait un débouché majeur pour la clémentine marocaine. La guerre en Ukraine et ses répercussions logistiques et financières ont provoqué un net recul des flux depuis 2022, sans que les acteurs de la filière anticipent un retour rapide à la situation antérieure.
Certifications et exigences des marchés d'export
Exporter vers l'Union européenne suppose de répondre à un empilement d'exigences réglementaires et privées qui s'est renforcé au cours des dernières années :
- GlobalG.A.P. — norme de référence pour la production agricole responsable ;
- GRASP — module social complétant GlobalG.A.P. ;
- Traçabilité complète depuis la parcelle jusqu'à l'expédition, exigée par la grande distribution européenne ;
- Limites Maximales de Résidus (LMR) — de plus en plus strictes sur certaines matières actives ;
- Conformité aux orientations du Green Deal européen, avec des exigences croissantes sur l'empreinte carbone et la biodiversité.
Ces exigences sont un défi pour les petits producteurs, mais aussi un facteur de sélection qui renforce la position des exportateurs marocains structurés, à la traçabilité solide.
Les acteurs clés de la filière
La filière agrumicole marocaine s'organise autour de plusieurs types d'acteurs : les producteurs indépendants, les coopératives, les stations de conditionnement, les exportateurs et l'interprofession.
Morocco Foodex — l'Établissement Autonome de Contrôle et de Coordination des Exportations — assure le contrôle qualité à l'export, la coordination sectorielle et la promotion. Maroc Citrus, interprofession de la filière, structure le dialogue entre l'amont et l'aval et pilote plusieurs actions de promotion sur les marchés cibles.
Aux côtés de ces institutions, un tissu dense de stations de conditionnement, d'exportateurs et de sociétés de shipping constitue la véritable colonne vertébrale opérationnelle de la filière.
Perspectives : ce qu'il faut surveiller
À court et moyen terme, plusieurs paramètres conditionneront la trajectoire de la filière :
- L'évolution du stress hydrique dans les bassins de production, notamment le Souss-Massa ;
- L'ajustement des arbitrages entre marché local et export, fortement dépendant du différentiel de prix ;
- L'accélération de la diversification vers l'Afrique de l'Ouest ;
- Le renforcement des exigences environnementales européennes ;
- L'entrée en production de nouvelles plantations.
Pour identifier des producteurs, des exportateurs, des stations de conditionnement ou des prestataires logistiques dans la filière agrumicole marocaine, Agripages référence les acteurs actifs du secteur.