Génération Green à mi-parcours : ce que l'évaluation 2026 va mesurer

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Génération Green à mi-parcours : ce que l'évaluation 2026 va mesurer

Le 10 juillet 2026, le ministère de l'Agriculture a officiellement lancé l'étude du bilan à mi-parcours de la stratégie Génération Green 2020-2030. Six ans après son lancement, la feuille de route agricole du Royaume passe à l'examen — dans un contexte que personne n'avait anticipé au moment de sa conception.

Pour les opérateurs du secteur, ce n'est pas un exercice administratif lointain. Les conclusions de cette étude orienteront les dispositifs de soutien, les priorités d'investissement public et les arbitrages de filière pour les quatre années à venir.

Une stratégie confrontée à un contexte qu'elle n'avait pas prévu

Génération Green a été conçue autour de deux piliers : l'émergence d'une classe moyenne agricole et la valorisation durable de la production. L'ambition était structurelle — faire passer l'agriculture marocaine d'une logique de volume à une logique de valeur et de revenu.

La première phase de mise en œuvre s'est déroulée dans des conditions particulièrement défavorables. Successions d'années de sécheresse, répercussions de la crise sanitaire mondiale, perturbations des marchés internationaux et volatilité du coût des intrants : chacun de ces facteurs, pris isolément, aurait justifié un ajustement. Leur conjonction a modifié les conditions d'exécution de l'ensemble.

C'est précisément ce décalage entre trajectoire prévue et contexte réel que l'évaluation doit documenter.

Ce que l'étude va examiner

L'étude, confiée à un cabinet international pour un montant de 11,8 millions de dirhams et prévue sur environ trois mois, poursuit trois objectifs déclarés : évaluer les réalisations à mi-parcours, construire un plan d'accélération à horizon 2030, et définir une vision de long terme pour le secteur.

Les axes de travail annoncés dessinent assez précisément les zones de tension identifiées par le ministère.

Le développement des productions végétale et animale. Le socle productif, mesuré à l'aune des objectifs de la stratégie et de la souveraineté alimentaire.

La mécanisation des exploitations. Un chantier révélateur : il touche directement la question de la structure foncière et de la taille des exploitations, et rejoint l'enjeu de la pénurie de main-d'œuvre agricole, devenue un sujet de préoccupation dans plusieurs bassins de production.

La sécurisation de l'eau d'irrigation. L'axe le plus structurant. La reconstitution des réserves en 2026 — plus de 72 % de remplissage des barrages en juillet, contre moins de 35 % un an plus tôt — offre un répit réel. Mais il masque de fortes disparités entre bassins : le Tensift dépasse 91 %, quand le Drâa-Oued Noun reste sous 40 %. Et il ne change rien au fait structurel que l'agriculture absorbe l'essentiel de la consommation d'eau nationale.

La modernisation des circuits de distribution et de commercialisation. Le maillon historiquement faible de la chaîne de valeur agricole marocaine. C'est aussi celui où le potentiel de gain de revenu pour l'exploitant est le plus direct : à production égale, un meilleur accès au marché change la marge.

Le renforcement du financement et de l'investissement. La condition de possibilité des quatre autres axes.

Ce que cela signifie concrètement pour les opérateurs

Une évaluation à mi-parcours n'est jamais neutre. Elle produit des réallocations.

Pour les producteurs, l'enjeu porte sur l'évolution des dispositifs de soutien — subventions aux intrants, aides à l'équipement, appui à l'assurance. Un plan d'accélération suppose des choix : certains dispositifs seront renforcés, d'autres recentrés.

Pour les fournisseurs d'équipement et de services, les axes mécanisation et irrigation signalent où l'investissement public devrait se concentrer. Le programme de dessalement est éclairant à cet égard : sur les 1,7 milliard de m³ visés à l'horizon 2030, environ 500 millions sont destinés à l'irrigation, de quoi couvrir près de 100 000 hectares. Les entreprises positionnées sur ces segments ont intérêt à suivre les conclusions de près.

Pour les acteurs de l'aval — conditionnement, logistique, commercialisation — l'inscription explicite de la modernisation des circuits parmi les priorités constitue un signal. C'est historiquement le maillon le moins soutenu de la chaîne.

Pour l'ensemble de la filière, enfin, le ministère annonce une croissance agricole comprise entre 15 et 16 % pour la campagne en cours. Ce chiffre, à considérer comme une annonce et non comme un résultat consolidé, servira vraisemblablement de toile de fond aux conclusions de l'étude.

Les questions qui resteront ouvertes

Une évaluation de cette nature se heurte à une difficulté méthodologique réelle : comment distinguer ce qui relève de la performance de la stratégie de ce qui relève des conditions climatiques ? Une bonne campagne pluviométrique améliore tous les indicateurs sans qu'aucune politique n'y soit pour quelque chose. Une mauvaise les dégrade de la même manière. La remontée spectaculaire des réserves en 2026 illustre parfaitement le problème.

L'objectif de classe moyenne agricole pose une question analogue. Il se mesure en revenu et en trajectoire d'exploitation, sur des horizons longs, avec des données difficiles à collecter. C'est l'ambition la plus originale de Génération Green — et la plus délicate à évaluer à six ans.

Enfin, la question de l'eau dépasse le périmètre agricole. Les arbitrages entre usages agricole, urbain et industriel, l'apport progressif du dessalement et l'interconnexion des bassins relèvent d'une politique hydrique nationale dont l'agriculture est tributaire sans en être maîtresse.

Les conclusions sont attendues dans les prochains mois. Pour les entreprises du secteur, la période qui s'ouvre est celle où les positionnements se préparent.

Approfondir

Cette stratégie se décline en dispositifs concrets déjà accessibles aux exploitants : le soutien aux semences certifiées, l'assurance multirisque climatique, les aides à l'équipement en irrigation localisée. Chacun fait l'objet d'un article dédié sur ce blog.

Pour identifier les fournisseurs, prestataires et organismes actifs sur ces segments, l'annuaire Agripages recense les opérateurs de la filière agricole marocaine par activité et par région.